La femme de l’Allemand – Marie Sizun

la femme de l'allemand

La femme de l’Allemand, Marie Sizun, édition France Loisir, 243 pages (sortie en poche), paru pour la première fois en 2007.

« Le monde de la petite Marion vacille.
Elle aime sa mère, Fanny, mais une dissonance s’installe dans leur relation.
Une voix un peu trop haute, des emportements inexplicables, un silence embarrassé à propos de ce père allemand dont Marion ne sait rien ou presque.
Avec le temps, Marion apprend : Fanny est maniaco-dépressive.
Les rôles s’inversent alors. L’adolescente endosse cette raison qui doucement quitte sa mère. Elle la protège, la couvre en taisant ses excès. Mais l’amour ne suffit pas pour terrasser la folie. »

J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge Objectif du mois, l’objectif de juillet étant Lire un livre dans le bas de sa PAL (un livre qui prend la poussière depuis longtemps en gros). 

La femme de l’Allemand est dans ma PAL depuis 8-9 ans, enfin était, puisque je l’ai enfin lu. J’avais été attirée par son titre, à la fois mystérieux et évocateur. Je ne me souvenais plus de quoi il en retournait, et je n’étais pas prête à lire un roman sur la seconde guerre mondiale… bon, en fait, ce n’est pas vraiment ça !

La guerre est en effet terminée depuis un moment lorsque commence l’histoire. L’Allemagne se reconstruit, nous sommes à Paris, Marie vit dans l’ombre de cette guerre sans l’avoir connu puisqu’elle est née en 1945.

La guerre, pour toi, c’est juste un mot que tu entends souvent, un mot qui a l’air de cacher des choses terribles, mais qui te sont obscures.  p37

C’est donc un contexte d’après-guerre, la guerre étant un sujet que l’enfant surprend mais dont on ne lui parle jamais, entouré de tabous. Le thème de ce livre est surtout la relation mère-fille dans la maladie qu’est la psychose maniaco-dépressive. Une maladie dont on ne sait, au début, si elle a un rapport avec la guerre, avec l’Allemand, le père absent. La relation mère-fille est complexe et si bien dépeinte. J’ai été happée par ce récit malgré un style qui ne m’a pas plu de suite.

En effet, le narrateur s’adresse à nous « tu », donc Marion est le lecteur en quelque sorte. Cette narration à la deuxième personne ne m’a pas déroutée, mais j’ai mis quelques pages avant de m’y habituer. J’ai pu m’identifier à Marion, mais je comprenais tout autant Fanny, sa mère, autant que possible. Car Marion fait son possible pour la comprendre avec sa maladie qui comporte de multiples facettes et implique des rechutes, des moments de frayeur pour l’entourage. Et Marion est l’entourage, seule avec elle. On comprend ses sentiments contradictoires à cet égard, notamment durant son adolescence. Comment protéger sa mère sans s’exposer. Par exemple, on comprend le soulagement et la peur ressenti lorsqu’elle doit quitter sa mère un moment, car elle l’aime, mais c’est dur à vivre.

Il y a aussi tout ce mystère autour de l’allemand, ce père absent qu’elle n’a pas connu. Et le tabou, puisque les françaises qui traînaient avec les allemands « c’étaient des traînées, des moins que rien » (p98). La famille est d’ailleurs éclatée. Les grands-parents ne parlent plus à la mère de Marion. Elisa, la vieille tante dévouée, fait office de lien familial. Marion s’y fait une place, sans sa mère qui est un sujet tabou (décidément!) pour le reste de famille. Il y a aussi sa quête d’identité, le détachement inéluctable avec sa mère accompagné de cette crainte constante… et le lecteur qui se demande comment tout cela peut se finir.

En bref, j’ai adoré ce livre. L’évolution de la maladie, la relation mère-fille, les secrets de famille, le récit est court mais traite tous ces thèmes avec beaucoup de justesse. On termine la lecture à la fois ému et pensif, car que de réflexions soulevées ! 

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5 réflexions sur “La femme de l’Allemand – Marie Sizun

  1. Je comprends ce que tu as pu ressentir avec le livre écrit à la deuxième personne! J’avais lu Nom de code Black Bird écrit comme cela, et au début ça fait clairement super bizarre! 😮 Et c’est tant mieux que tu aies adoré ce livre! 😀

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  2. Suite à ta chronique, ce livre à la fois m’attire mais j’ai aussi peur que le sujet traité ne soit trop lourd. Et je ne sais pas trop quoi penser de cette écriture à la deuxième personne. Tu m’auras en tout cas intriguée. 🙂

    Aimé par 1 personne

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