Tout plutôt qu’être moi, Ned Vizzini

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Tout plutôt qu’être moi, Ned Vizzini (vo 2006, vf 2016), éditions La belle colère, 398 pages

Durant l’une des séances chez son psy, Graig Gilner apprend qu’il existe une maladie mentale appelée le syndrome d’Ondine : ceux qui en souffrent oublient de respirer ; pour ne pas mourir asphyxiés, ils doivent se répéter sans cesse  » respire, respire, respire « . La dépression, Graig va en faire l’expérience, c’est ce qui arrive quand on oublie de vivre. 

Cela faisait un petit moment que je n’avais pas fait un article, et je suis très heureuse de revenir avec ce livre Tout plutôt qu’être moi, que j’ai adoré.

J’ai dévoré ce livre alors que j’ai dû l’emprunter deux fois (rendu 10 jours après la date limite, et tellement aimé que je pense l’acheter) pour parvenir à l’entamer. Le résumé m’intriguait mais j’avais un peu peur que l’histoire soit déprimante et que cette atmosphère soit pesante. Il n’en est rien.

Je ne savais pas ce qu’avait vécu l’auteur, et ce n’est qu’après avoir lu quelques centaines de pages que je me suis dit que c’était très bien documenté, trop bien, et que je me suis décidé à lire la biographie de l’auteur pour savoir s’il l’avait vécu la dépression ou travaillait dans le milieu psychiatrique. Et là le choc, il s’est jeté d’un immeuble en 2013. Même sans le savoir, cela se ressent, tout est si bien décrit. Craig a tout pour être heureux, pourtant il est dépressif. Il nous décrit comment il en est arrivé là, et comment il essaie de s’en sortir. Il arrive bien à cerner certains points de sa maladie, même s’il ne se comprend pas totalement. Il conceptualise, nous parle de vélos, de tentacules, d’ancres. Par exemple, les ancres sont les choses auxquels il peut se raccrocher. Il nous décrit ses faux déclics, car parfois il pense s’en sortir, et replonge, comme c’est souvent le cas. C’est très intéressant car cela permet de prendre conscience de cette maladie, de mettre parfois des mots sur ce que l’on a vécu, de mieux comprendre.

Craig aura également l’occasion de rencontrer d’autres personnes en souffrance lors d’un séjour à l’hôpital. Parfois, cela s’explique facilement (par exemple le deuil, l’absence de père), parfois il s’agit d’autres maladies (schizophrénie..)… Or, Craig n’a pas vraiment de raison évidente d’être dépressif, c’est d’autant plus intéressant qu’ainsi on parle vraiment de la dépression brute. Dès les premiers chapitres, on sent quand même qu’il fait une sorte de burn-out. Comme j’ai dit plus haut, au premier abord il a tout pour être heureux. Il vit d’un un quartier sympa, sa famille est géniale, il a des amis même s’il a quelques difficultés d’ados (il est loin d’être populaire), il est dans une bonne école. Mais il ne sent plus à sa place, à la hauteur des exigences du monde. Il exprime également bien le sentiment de culpabilité qu’on peut avoir lorsqu’on est déprimé, sans raisons apparentes. C’est la difficulté des maladies mentales. En plus de les vivre, il y a un sentiment de honte, de culpabilité à ne pas savoir gérer la vie…

Tu cumules les petites victoires depuis que tu es arrivé ici et tu crois qu’elles comptent pour de vrai. Tu te berces d’illusions si tu t’imagines que Nord Six est le monde réel. Tu te fais des amis, tu as une brève conversation avec une fille et tu penses que tu as réussi, Craig ? Tu n’as rien accompli du tout. Tu n’as rien gagné. Tu n’as rien prouvé. Tu n’as fait aucun progrès . Tu n’as pas décroché un emploi. Tu ne gagnes pas d’argent. Au contraire, tu coûtes beaucoup d’argent en restant ici, à gober exactement les mêmes pilules que celles que tu prenais avant. Tu gâches l’argent de tes parents et celui du contribuable alors que tu n’as rien de grave.

Même si Craig a 15 ans, le roman peut s’adresser à tout le monde car la dépression n’a pas d’âge, et que le narrateur a une certaine maturité. Son introspection est très intéressante et, comme lui, on apprend aussi des personnes qu’il rencontre. La maison d’édition a tenu ses promesses sur ce point, je cite leur website :

La ligne éditoriale de « La belle colère » peut se résumer ainsi : des romans pour adultes dont les héros sont des adolescents. Des livres qui s’adressent aux adultes et se tendent, une fois refermés, aux plus jeunes, non pas parce qu’ils seraient adaptés à leur « niveau de lecture », mais simplement parce qu’ils nous ont profondément marqués.

C’est exactement ça !

De plus, je reprécise pour ceux qui comme moi ont peur d’une atmosphère trop pesante, que le livre n’est pas noir et qu’il s’en dégage même des traits d’humour appréciables, des moments légers qui nous font sourire, et l’envie de vivre, de s’en sortir… D’ailleurs, le titre VO est It’s Kind of a Funny Story. C’est aussi le titre du film sorti en 2010. Et ce n’est pas pour rien !

En bref, un livre très intéressant, agréable à lire et porteur d’espoir malgré tout. Je vous le conseille vivement, à lire et à offrir, le genre de livre qui peut nous marquer, qui nous parle, qu’on veut garder près de soi et conseiller à tout le monde !

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7 réflexions sur “Tout plutôt qu’être moi, Ned Vizzini

  1. Ta chronique fait rêver! Ces temps-ci j’aime bien me pencher sur des sujets plus difficiles que je ne connais pas bien dans ce que je lis (le déni de grossesse, le harcèlement, les immigrés), et je me dis que ton livre entrerait parfaitement dans cette idée de lectures. Je vais garder l’idée sous la main (à comprendre : le mettre dans ma WL :))

    Merci pour ce bel avis!

    Aimé par 1 personne

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