Monsieur Quincampoix – Fred Bocquet

e3Monsieur Quincampoix, Fred Boquet, éditions cousu mouche (2006), 195 pages

Norbert est mort. Il se retrouve réincarné en bouledogue français. Il s’habitue peu à peu à son sort, apprend à manger dans une écuelle et à faire ses besoins en public. Mais quand, dans l’élevage où il apprend la vie canine, il voit apparaître sa veuve pressée de l’adopter; les choses se corsent quelque peu. Mufle, non dénué d’esprit, Norbert devenu Quincampoix distille ses humeurs et sa mauvaise foi dans sa nouvelle vie. Jaloux des prétendants de sa douce, l’affreux tend aussi l’oreille à un passé qui lui réserve quelques surprises. Se découvrir mille et une tares dans la bouche de sa femme, c’est à vous arracher des aboiements de colère. Et Quincampoix, comme autrefois Norbert, ne manque ni d’imagination, ni de caractère. Fred Bocquet signe un premier roman alerte, avec des phrases vives tracées avec gourmandise. Elle nous livre une série de portraits hilarants, joue avec les lieux communs sans jamais céder à la facilité.


J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge « objectif du mois ». En effet, il fallait lire un livre pour lequel on n’avait lu aucun avis. En janvier, j’avais justement craqué pour la couverture de Monsieur Quicampoix, représentant un adorable toutou dans un tiroir à soutiens-gorge… j’ai donc lu le résumé qui m’a séduit à son tour, puis le livre…

De l’humour servi par une belle écriture.

Qui se cache donc derrière ce chien ? Norbert, un ex-homme qui a de la verve. J’ai adoré l’écriture de Fred Bocquet. Je trouve qu’elle manie de manière exquise l’humour et les mots. Ce n’est pas chose aisée. Avec les livres humoristiques, ça passe ou ça casse. Dans ce cas, ça a matché et je ne regrette pas une seule seconde de lui avoir laissé sa chance. Le vocabulaire est parfois soutenu, et j’y ai appris pas mal de mots, notamment des mots suisses comme « goger ». Le tout est pourtant très fluide, et fort agréable à lire.

Mais derrière l’humour, un vrai sujet ! 

Et oui, on se bidonne derrière ce petit livre, mais on se dit aussi qu’il y a matière à réflexion. La vie de couple, ses secrets, ses désillusions, font partie intégrante du récit. Je trouve que l’auteure a su profiter du comique de situation pour creuser à ce propos. A travers les réactions de sa femme et ses anecdotes, Norbert nous dresse un portrait de la vie de couple assez cinglant. La caricature n’est jamais exempt de vérité. Evidemment, le lecteur sera soulagé de ne pas reconnaître son couple et n’en fera donc pas des généralités. Toutefois, il est vrai que les non-dits peuvent vite s’installer et qu’il n’est pas toujours évident de connaître l’autre. Tant de choses ont échappé à Norbert, mais aurait-il compris si elle le lui avait dit? Son statut de chien l’oblige à une certaine introspection que j’ai suivie avec plaisir.

Un personnage principal infâme mais attachant.

Norbert, c’est tout ce que je déteste. Si ses mots, en tant que narrateur, me séduisent, le type est quand même un sacré macho. 

Il alterne son récit entre sa vie passée et le présent. Lorsqu’il nous narre sa vie avec sa femme, et même avant, ses défauts sont mis en avant. Il reconnait certaines erreurs, mais ne semble pas voir le mal de certains comportements. Dans le présent, il n’est pas mieux comme l’illustre le chapitre où sa femme tombe en panne et ne sait que faire : « c’est irrémédiable, elle n’a pas la gêne » dit-il, le mufle !

Alors pourquoi attachant ? Je pense que l’écriture y fait beaucoup, mais comme je l’ai dit, ce personnage se remet peu à peu en question. Derrière sa plume mordante et ses réflexions misogynes, il aimait sa femme et se remet en question lorsqu’il s’aperçoit qu’elle n’est pas épanouie. Il n’a pas su la rendre heureuse, et si cela blesse son ego dans un premier temps, il se met à prendre conscience de certaines choses… A se demander s’il ne deviendra pas ce qu’il n’a jamais su être : un homme chien prévenant et altruiste. Qui sait ? Suspens jusqu’à la chute finale, qui est très bien trouvée ! 

En bref, j’ai adoré suivre Norbert, un goujat réincarné en chien qui découvre à la fois la vie canine et sa femme sous un autre angle. La plume de l’auteure m’a beaucoup plu, à la fois soutenue et pleine d’humour. . J’ai hâte de lire un autre de ses livres !

Les premières lignes

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