Demain il sera trop tard – Jean-Christophe Tixier

demain il sera trop tardDemain il sera trop tard, Jean-Christophe Tixier, éditions Rageot (13 septembre 2017), 427 pages.

Ce livre est une dystopie dont le postulat de départ est la connaissance de son terme à la naissance. Notre terme régit cette société, il nous définit. Les 80 peuvent vivre paisiblement, faire des études, et auront accès aux postes de direction. Si tu es un 21, pourquoi faire des études ? La vie est vaine non ?

« Je n’aime pas l’idée d’organiser ma vie en fonction d’un compte à rebours qui égraine inlassablement les secondes. Car nos vies sont devenues d’implacables comptes à rebours » p 86

Comment vivre harmonieusement ainsi ? La société est ainsi séparée en fonction des termes, les Courts Termes sont donc séparés des moyens termes qui sont séparés des Longs Termes. Il y a même un échelonnement, des quartiers de plus en plus luxueux à mesure que le terme est grand.

Virgil est un Long Terme, il n’a pas à se soucier de grand-chose et a une belle vie, jusqu’au jour où la brigade du terme essaie de l’arrêter. Pourquoi ? Au fil de sa cavale, il rencontrera Enna, une Court Terme rebelle et Lou, une crack de l’informatique qui l’aidera à percer ces mystères. Il y a bien d’autres personnages outre ces trois principaux et les différents points de vue sont intéressants. Il est vrai que je ne me suis pas spécialement attachée aux personnages, mais cela ne m’a pas dérangée. J’ai tout de même aimé le personnage d’Enna, son combat, sa personnalité et le modèle féminin qu’elle peut représenter pour des lecteurs adolescents. J’ai trouvé qu’ils étaient tous très vrais, y compris Virgil qui « découvre » la société. Il connaît les règles du jeu depuis le départ, mais toute cette histoire lui fait prendre conscience des problématiques qu’une telle société soulève alors que cela lui paraissait normal au départ, d’autant plus qu’il fait partie des mieux lotis.

Les problématiques soulevés nous renvoient, encore une fois (voir I.R.L de Agnès Marot) aux datas. J’ai aussi pensé à google qui s’est lancé dans la santé, une filiale qui peut faire peur aux utilisateurs puisqu’ils font partie des pros de la donnée. Avec les progrès technologiques, on se demande de plus en plus comment sera le monde de demain, et il est légitime de se poser des questions sur l’utilisation des données par des monopoles.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce livre, c’est qu’il n’y a pas vraiment de méchant. On a bien un PDG à un moment, pas très commode, mais on sent que ce contrôle fait partie d’un mécanisme bien ancré et bien huilé. L’entreprise qui a créé le terme test contrôle la société. Cela paraît énorme, comme si elle ETAIT la société, d’autant plus qu’au fil du temps, le peuple s’y est habitué, et qu’il est légitime, logique de vivre ainsi.

P162 « Moi je pense qu’ils ont utilisé la même méthode pour nous enfumer que les cigarettes à l’époque. On te vend une saloperie sans te dire ce qu’il y a dedans. On te rend addict, et on te fait croire que c’est une porte vers la liberté. Des centaines de milliers de moutons sont prêts à lever la voix pour prendre leur défense. Au nom de leur propre liberté. »

P 334 « Aujourd’hui, ce sont les algorithmes qui régissent nos sociétés. »

Si j’avais vu cette phrase dans mon journal quotidien, cela ne m’aurait pas choqué. Je pense que c’est un message très important que fait passer l’auteur aux jeunes générations qui liront ce livre. C’est d’actualité, plus que jamais !

Si ce thème vous intéresse, Yuval Noah Harari a sorti un livre sur l’histoire de demain, qui n’est donc pas de la sf, mais dont on va retrouver ces thématiques (entre autres). Je ne l’ai pas lu, mais vu dans une émission (LGL, fr5) où il insinuait que les algorithmes régissaient nos sociétés. Il ne le dit pas mais parle de « dataïsme ». (article sur ce qu’est le dataïsme).

Outre ces aspects SF, Demain il sera trop tard nous encourage à vivre au jour le jour et se battre pour la liberté.

Je terminerai sur un bémol : la fin ouverte. Je n’ai rien spécifiquement contre les fins ouvertes, car parfois je trouve que cela clôt comme il se doit un livre. Mais là, j’ai eu l’impression d’un trou, comme s’il manquait une dizaine de chapitres (les chapitres sont assez courts) pour terminer ce livre. Il y a un épilogue plutôt long, et cela ne m’a pas vraiment plu (je les aime courts et dispensables, comme la cerise sur la gâteau). Est-ce qu’il y aura un tome 2 ? Je ne sais pas, je ne sais même pas si c’est nécessaire… mais ce livre très prenant regorge d’actions détaillées, et avec l’épilogue, j’ai l’impression qu’on me « résumait » la fin. La fin (avant épilogue) ressemble d’ailleurs à un cliffhanger… mais on a la « réponse » dans l’épilogue. Franchement, ça m’a un peu énervé. ^^ quitte à avoir certaines réponses, pourquoi pas dans des vrais chapitres ? Bref, je n’ai pas trop compris. Le lendemain, je voulais lire la fin du livre avant d’oublier que c’était terminé. ><

Du coup, j’ai quand même terminé cette bonne lecture sur une note négative, je préfère être honnête même si le reste m’a plutôt enthousiasmé. J’avoue que j’étais un peu déçue sur le moment, mais je ne regrette pas d’avoir lu ce livre.

En bref, une bonne dystopie jeunesse, prenante car pleine d’action et parsemée de réflexions intéressantes. Je vous la conseille si vous n’avez rien contre les fins ouvertes…

Je remercie netgalley et les éditions Rageot pour ce partenariat !

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