Réveiller les lions – Ayelet Gundar-Goshen

réveiller les lions« L’homme, il le percute précisément au moment où il songe que c’est la plus belle lune qu’il a vue de sa vie. »

C’est ainsi que commence le livre, en Israël. Ethan est l’archétype du « bon père de famille ». Il est neurochirurgien, aime sa femme et ses deux enfants. On apprendra également qu’il a su faire preuve d’honnêteté au cours de sa vie. Pour autant, il s’enfuit, et c’est là le point de départ de ce livre.

Alors, j’avoue que j’ai terminé ce livre depuis un moment. J’avais beaucoup aimé ma lecture, mais je n’avais pas mis le doigt sur le pourquoi. J’avais besoin de recul.

En fait, il y a un truc dans l’écriture d’Ayelet Gundar-Goshen, sur le fond, d’anticonformiste. C’est ce qui fait que sans avoir fini le livre, je m’étais déjà promis de lire d’autres romans de l’autrice. L’histoire en elle-même est bien, même si c’est du déjà vu de traiter les mensonges familiaux, le fait qu’on ne connaisse pas si bien les gens, voire que l’on ne se connait pas soi-même tant que l’on est pas confronté à certaines situations. Mais l’autrice traite ce sujet avec brio.

J’ai détesté le personnage d’Ethan, je pense que c’est fait exprès, mais en même temps il nous renvoie à nos propres défauts. C’est peut-être pour ça qu’on ne l’apprécie pas, et j’ai ressenti une ambiance telle que dans Chanson Douce de Leïla Slimani avec des personnages auxquels je ne peux m’identifier : pas proche de moi (qui le voudrait !), mais tellement humains.

Ethan, c’est le chic type. Il a une bonne situation, son métier consiste à sauver des vies, mais il a agi par lâcheté lorsqu’il a écrasé une personne. Le lecteur lui pardonne presque (du moins, on est ouvert à une explication). Mais quand on fait sa connaissance, on voit qui il est vraiment derrière son apparence.

« Il balaie du regard tous ces malades qui dégoulinent de gratitude et n’a qu’une seule envie : les accabler de reproches. Comment pouvez-vous être si misérables ? Comment supportez-vous une existence si dégradante, si ingrate ? Pourquoi vous pressez-vous derrière moi comme une bande de petits chiens ? »

« C’était inscrit sur le visage de David-le-pédé qu’on pouvait tout lui faire. Alors on lui faisait tout. Ce genre d’enfant transforme ses petits camarades en monstres. Même si tu t’étais juré de ne jamais t’attaquer à lui, même si tu voulais le prendre en pitié, arrivait toujours un moment où tu craquais. Où tu commençais à le haïr d’être à ce point une nullité. »

Bref, je n’aime pas ce genre de types. Comme sa femme, policière, ce sont des gens biens qui vont voir le racisme d’un mauvais œil mais n’iraient « pas se baigner dans une piscine remplie d’Arabes ». Alors quand Sirkitt arrive, je ne l’apprécie pas tellement mais je l’adore pour le pouvoir qu’elle prend, et parce qu’elle lui en fait baver. Et avec du recul, j’aime vraiment ce personnage. Elle sait. Elle sait pour l’accident, mais n’ira pas le dénoncer : il soignera des soudanais et érythréens (migrants en Israël) en toute clandestinité. Evidemment, ni l’hôpital ni sa femme ne doit savoir… il est donc piégé et doit faire face à la misère, est confronté à la différence (Sirkitt) et à une nouvelle version de lui-même (l’ancien Lui étant un homme plus honorable).

« Mais avec Sirkitt, il se heurte pour la première fois à une barrière que tout son savoir ne peut l’aider à franchir Lui qui a depuis longtemps envahi Pluton par la force de sa pensée et l’accumulation de ses connaissances n’arrive pas à dominer ne serait-ce qu’une toute petite parcelle de cette femme. Elle lui impose une limite. Elle est tellement autre que ça le rend fou. »

Ça c’est le côté psychologique… mais suite à l’accident, il y a une enquête, et devinez qui s’en charge : sa femme. L’intrigue est vraiment prenante, et j’ai adoré la manière dont elle se termine. En plus, pour une fois dans un thriller, je ne m’attendais pas à ce que ça finisse ainsi. Cela dit, le suspens étant mélangé à énormément de psychologie, j’ai mis du temps à rentrer dans le côté enquête. Et c’est là qu’on ne peut plus lâcher le livre.

Donc sur ça, je ne veux en dire plus. Il y a bien d’autres choses à découvrir à propos de l’intrigue, et je vous invite à lire ce livre si vous voulez en savoir plus. De plus, c’est vraiment un monde qu’on ne connait pas, et je me suis sentie dépaysée même si l’ambiance est assez sombre, entre la misère physique des gens et les pensées d’Ethan et Sirkitt. Cela dit, j’ai eu une impression d’optimisme lorsque j’ai terminé ce livre qui dénonce pourtant de nombreux travers de notre société (enfin la société israélienne et l’accueil des migrants, le racisme, mais cela fait écho à des choses que l’on connaît).

En bref, un bon « thriller humanitaire », j’aurais peut-être simplement dit thriller humain. La psychologie a une part énorme dans ce livre, mais le suspens s’installe bel et bien jusqu’à une fin assez originale. Marquant !

Merci aux éditions Les presses de la Cité et à netgalley pour ce partenariat.

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