Le pouvoir – Naomi Alderman

pouvoir

Le pouvoir, Naomi Alderman, Calmann Levy, 393 pages

ET SI LES FEMMES PRENAIENT ENFIN LE POUVOIR DANS LE MONDE ENTIER ?

Aux quatre coins du monde, les femmes découvrent qu’elles détiennent le « pouvoir ». Du bout des doigts, elles peuvent infliger une douleur fulgurante – et même la mort. Soudain, les hommes comprennent  qu’ils deviennent le « sexe faible ». Mais jusqu’où iront les femmes pour imposer ce nouvel ordre ?

Tout d’abord, je remercie les éditions Calmann Levy et Netgalley.

De ce livre, j’en attendais beaucoup. J’ai toujours voulu lire ça (chaque lecteur a dans sa tête 2/3 scénarios de livres qu’il voudrait lire ou écrire pour les plus téméraires, non ?). Bref, ce résumé était fait pour moi, mais le livre l’était-il ? Qui dit beaucoup d’attentes, dit aussi crainte d’être déçue. J’ai ensuite lu pas mal de critiques plutôt mitigées, et je m’attendais donc à ce que l’idée soit mal exploitée, ou de rester sur ma faim… et ce ne fut pas le cas.

J’ai adoré ce livre ! Ma grosse crainte a été balayée, l’idée est selon moi super bien exploitée. L’autrice va jusqu’au bout et elle prend un angle d’attaque très intéressant : le pouvoir.

Imaginez que du jour au lendemain, la puissance physique soit détenue par les femmes. Dans le livre, cela prend la forme du « fuseau ». Les jeunes femmes peuvent envoyer des décharges électriques, un peu comme les anguilles. Je vous passe les détails. Toujours est-il qu’elles trouvent donc la force de se rebeller, littéralement.

De la naissance de ce pouvoir, jusqu’au final, suivant un compte à rebours intriguant (la première partie s’appelle « encore dix ans » par exemple), nous allons suivre 4 destins : Roxy, la fille londonienne d’un chef de gang, Allie, une orpheline violentée par sa famille d’accueil qui se réfugie dans la religion, Margot, une politicienne américaine (et sa fille Jocelyn, qui lui transfère son pouvoir) et Tunde, seul garçon, un journaliste nigérien.

J’ai d’ailleurs aimé le fait que la dystopie ne soit pas américano-centré. Les premiers soulèvements ont lieu à Riyad (Arabie Saoudite) et le livre nous fait voyager un peu. Je trouve que c’est très important, car l’oppression envers les femmes n’est pas le même partout. De plus, elle part vraiment de notre époque. Parfois les dystopies semblent vraiment lointaines, sont fondées sur de nouveaux régimes dans un pays inconnu ressemblant fortement à l’Amérique avec peu de précisions sur comment on en est arrivé là. Dans ce livre, on est ancré dans la réalité, à l’époque du changement avec un élément fantastique qui vient tout perturber : le « pouvoir-fuseau ». On ne part donc pas de zéro.

L’autrice, par allégorie, nous narre et nous décrit les mécanismes de domination qui, eux, sont similaires dans toutes les zones du monde rencontrées et pour les différentes formes d’oppression.

« Et Margot songe : Voilà comment un homme parle. Et voilà pourquoi. »

J’ai beau avoir beaucoup réfléchi sur le féminisme, ce livre a su me faire voir certaines choses sous un angle nouveau. Par exemple, lorsque de nouvelles lois sont érigées, on peut lire : « les hommes n’ont plus le droit de conduire dans ce pays », ça m’a choqué alors qu’en Arabie Saoudite, c’était une réalité jusqu’en 2017 pour les femmes ! Réalité choquante mais avec laquelle j’ai grandi, m’estimant surtout heureuse d’être née en France au XXème siècle, ne voulant pas juger sans savoir, mais relativement tranquille à ma place (comme c’est facile!). C’est dire si même les cultures des autres pays sont ancrées en nous, on en partage d’ailleurs les fondations. Pas plus tard qu’aujourd’hui, article sur la ségrégation homme-femme dans ce pays, et on voit bien que c’est dur de juger tout ça (commentaires de type : « c’est leur choix » etc.) mais ça pose question. J’ai beau avoir lu sur les thèses de domination masculine, de constructivisme, ce livre a su me percuter en inversant pas mal de situations. Il y avait donc toute cette salve de nouvelles lois d’oppression totalement débiles, j’ai noté à côté : hallucinant, mais réel. Car cette dystopie n’est qu’un noir miroir de nos sociétés.

Bref, vous vous doutez, quand les femmes prennent le pouvoir, ce n’est pas le meilleur des mondes, ça part en cacahuète ! Nous avons le pouvoir politique, le pouvoir religieux, le pouvoir de faire l’histoire, le pouvoir « sexuel »… Oui, le viol est un instrument de domination et c’est toujours bon de le rappeler. Rien n’est oublié, jusqu’à intégrer les réseaux sociaux de manière assez cohérente à mon sens. On parle même de « feminazi », des adeptes de théories du complot, les trolls, etc.  Très dans l’air du temps.

Pourtant, au début j’étais un chouya mitigée : je n’accrochais pas aux personnages principaux, et au style un peu impersonnel. Il y a peu de place pour l’affect en effet, mais ça devient vite passionnant. En fait, le lecteur se situe dans le futur lorsqu’il lit ce manuscrit historique, de ce soulèvement des femmes…

Et gros coup de génie à la fin. J’ai énormément souri. C’est pourtant glaçant, mais cela met en miroir une réalité qu’on veut parfois oublier voire légitimer pour certains. Du coup, les scènes d’oppression masculine semblent parfois surréalistes, certaines phrases également et tous les mots sexistes s’inversent de manière absurde mais percutante pour le lecteur. Car ici, la femme est le symbole de la force, mais qu’est-ce que ça change ?

Je vous laisse le découvrir ! C’est dur de ne pas en parler plus, j’ai beaucoup annoté, mais j’en dis déjà pas mal et j’en suis désolée. J’encourage surtout à le lire, j’ai occulté pas mal de sujets abordés dans le livre (il aurait fallu un book club) et j’espère que vous aurez l’occasion de les découvrir !

En bref, génial. Un scénario abouti, divertissant et percutant à fois. Pour moi c’est à lire et à relire. 

« D’étranges mouvements voient le jour dans le monde, mais également ici aux E.U. d’A. Il suffit de regarder sur Internet : des garçons qui se travestissent en fille pour paraître plus puissants ; des filles qui se travestissent en garçon pour se débarrasser de la symbolique de ce pouvoir, ou pour mieux sauter à la gorge des crédules, tels des loups déguisés en agneaux. »

« Au début, nous taisions notre douleur parce qu’elle n’était pas virile. Aujourd’hui, nous continuons à la taire par peur, par honte, et parce qu’on se sent seul et désespéré, chacun dans notre coin. Il est difficile de préciser à quel moment ces derrières raisons ont pris le pas sur l’autre. »

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