Mille petits riens, Jodi Picoult

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Mille petits riens, Jodi Picoult, Actes Sud (7 mars 2018)

Tout d’abord, je remercie les éditions Actes Sud et babelio pour cette masse critique !
Ce n’est pas le premier livre de Jodi Picoult que je lis. En effet, j’ai déjà lu A l’intérieur, l’histoire d’un adolescent autiste asperger qui se retrouve au cœur d’un procès… J’en ai gardé un bon souvenir. Alors quand on m’a proposé un livre de cette autrice, je n’ai pas hésité, sans même savoir de quoi il en retournait…

Il s’agit ici de Ruth, une sage-femme noire. Ruth a toujours fait en sorte que sa couleur de peau ne soit pas un problème pour faire des études, vivre dans un beau quartier (où elle est la seule noire…), élever son fils adolescent premier de la classe, etc. Cependant, un jour, un couple de suprémaciste blanc refuse qu’elle s’occupe de leur bébé. L’hôpital appuie la décision des parents : Ruth ne doit pas approcher l’enfant, mais tout n’est pas si « simple » dans ces structures médicales où les effectifs ne sont pas toujours à la hauteur des urgences qui les régissent. De fil en aiguille, Ruth se retrouvera accusé du meurtre du bébé…

Voilà pour le résumé express, tous les détails du pourquoi du comment sont dans le livre.

Quand j’ai compris de quoi il en retournait, je me suis dit que c’était casse-gueule, d’écrire sur le racisme en étant blanche. Mais Jodi Picoult s’en sort bien. Comme à son habitude, elle s’est beaucoup documentée pour ne pas écrire n’importe quoi et a bien réussi à nous communiquer les sentiments de Ruth. A vrai dire, j’ai même regardé des booktubeuses afro-américaines pour voir si elles partageaient cet avis en général. C’est majoritairement le cas d’après ce que j’ai vu.

Ce que j’ai aimé, c’est que Jodi aille plus loin que le racisme actif (représenté par Turk, le père suprémaciste) et nous montre ce qu’est le racisme passif institutionnalisé. Pour cela, elle se sert du personnage de l’avocate, une femme blanche qui n’est pas raciste mais a des préjugés ancrés en elle, même si ça ne lui fait plaisir. Ce personnage est très intéressant, car elle va ouvrir les yeux sur un monde qu’elle ne voyait pas, pas de la même façon que Ruth en tout cas. Cette femme, c’est le lecteur blanc, c’est l’autrice. Les messages du livre lui sont particulièrement destinés.

« Les blancs ne pensent pas la moitié des propos insultants qui s’échappent de leur bouche, alors j’essaie de ne pas me vexer.» (Ruth)

Nous suivons donc de multiples points de vue : Ruth, l’avocate et Turk. J’ai été surprise de voir creuser le point de vue du suprémaciste, mais cela donne une meilleure vision d’ensemble. Il y a aussi la sœur de Ruth et sa mère, dont le point de vue n’est pas direct, mais qui apportent quelque chose en plus. Elles sont plus conscientes du racisme que Ruth, Ruth étant un personnage qui fait d’immenses efforts pour éviter de se définir par sa couleur et excuser les propos racistes qui peuvent la vexer. Sa sœur dit même à un moment qu’elle est « blanche à l’intérieur ». On voit ainsi l’importance de leur couleur dans la société américaine, deux cas d’ « acceptation » opposés.

Concernant le rythme du livre, j’ai parfois trouvé des lenteurs vers le milieu. Vers la fin, il y a un retournement de situation assez surprenant qui permet de donner une force supplémentaire au livre, et au personnage de Ruth. Cependant, à la toute fin, il y a un autre retournement que j’ai un peu moins apprécié, car un peu trop sorti de nulle part selon moi. J’ai eu l’impression que cet ultime retournement était destiné à faire entrer dans le récit un point important de la recherche documentaire de l’autrice. C’est un fait possible, mais cela ne me semblait pas tellement crédible pour autant dans ce contexte. Après, ça ne change rien au cœur de l’histoire principale.

L’autrice a fait énormément de recherches, et on voit qu’elle veut traiter le racisme à travers son livre. Je pense que les lenteurs relevées sont aussi liées à ça, car elle prend son temps pour nous montrer comment tout cela se traduit dans le quotidien, et pas seulement au procès. Cela demeure très intéressant.

Outre ce seul bémol, j’ai été impressionnée par la façon de retranscrire la vie de Ruth. Evidemment, cela se passe en Amérique qui a sa propre histoire et ses propres règles (par exemple, le fonctionnement de la justice m’a interpellé par rapport à ce que je connais), mais je pense que les mécanismes actifs et passifs du racisme sont valables ici également. J’ai pu le constater dans ma vie, mais aussi dans les medias (le black-face ou la pub de prêt-à-porter du petit garçon noir portant un t-shirt l’assimilant à un singe pour citer les dernières polémiques.)

« – Qu’est-ce que ça vous fait d’être blanche ?
Elle secoue la tête d’un air dérouté.
– Je ne pense jamais à ça. Je vous l’ai dit lorsque nous nous sommes rencontrées : je n’accorde aucune importance à la couleur de peau
– Nous n’avons pas toute la chance de pouvoir faire ça. »
(Ruth et l’avocate)

L’histoire est très prenante, outre le passage lent que j’ai évoqué plus haut, car on est de tout cœur avec Ruth, et le procès n’a pas l’air gagné d’avance ! 

En bref, une très bonne lecture qui pourrait modifier votre perception des choses. En tous les cas, ça fait réfléchir, et c’est un très bon point pour moi. Une lecture marquante !

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