Le malheur du bas – Inès Bayard

Le malheur du bas, Inès Bayard (22/08/2018), Editions Albin Michel, 272 pages

Le malheur du basDans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Première lecture de la rentrée littéraire pour ma part, et quelle lecture !

Dès la 4ème, on voit que les thèmes ne sont pas faciles : viol, couple, mais aussi tabous. Et dès l’incipit, ça commence fort.

« Le petit Thomas n’avait pas eu le temps de finir sa compote. Sa mère ne lui avait laissé aucune chance. La vitesse à laquelle le poison s’était diffusé dans son sang lui avait simplement permis de ne pas trop souffrir au moment de mourir. » Et ça continue, tout le premier chapitre est choc, mais je vous laisse découvrir la suite !

Immédiatement, j’ai pensé au début d’un autre livre. « Le bébé est mort. » Première phrase du roman de Leila Slimani, Chanson douce. L’idée est la même, que le lecteur se questionne sur le pourquoi du comment. Mais après avoir instinctivement comparé, j’ai différencié. L’écriture d’Inès Bayard m’a semblé moins froide, moins détachée. Car ici, on a véritablement le point de vue de la personne qui a commis le crime, et l’autrice ne nous épargne aucun détail. On est en plein de dedans. Le style est incisif, ça prend aux tripes.

Est-ce aussi grâce aux personnages ? Personnellement, j’ai eu du mal à m’identifier à eux, tout en ressentant une forte empathie. L’autrice a su les rendre réalistes. Si j’ai eu du mal avec leurs décisions, elles étaient toujours justifiées par un caractère cohérent, une certaine éducation, un milieu social… Marie est un personnage banal, mais construit, ce qui donne à la fois  une dimension universelle et personnelle au roman.

Les personnages qui gravitent autour d’elles ne sont pas attachants. En premier lieu le mari, un modèle standard, qu’on ne peut pas vraiment détester, mais qu’on a envie de secouer à maintes reprises. Encore une fois, assez réaliste, mais ça fait froid dans le dos… On ressent assez bien la solitude de Marie, plus pesante avec cet entourage pourtant bien présent. Mais dans le quotidien, on est vite inattentif, on interprète certains comportements des gens que l’on connait sans vraiment communiquer…. mais tout de même. J’ai trouvé que sa famille aurait pu se poser des questions. Sans deviner le viol, ils auraient pu réfléchir et être vraiment là pour elle. C’est donc assez rageant, mais encore une fois justifié.

On voit Marie sombrer… et on la voit subir le regard des autres, le regard banal des gens qui ont vite fait de juger : c’est une mauvaise mère, etc. Alors oui, elle fait des trucs pas bien, mais à aucun moment on ne sent une main tendue et les gens fautifs en ont aussi besoin. En fait, on ne veut surtout pas s’identifier à eux, car c’est trop sombre, et ça ne peut pas aider à rendre le monde meilleur… mais c’est comme ça qu’il est bien souvent. Sombre, mais pas manichéen, alors on ne veut pas s’identifier, mais on se dit qu’on ne ferait peut-être pas beaucoup mieux à leur place, ou différemment mais mal quand même, on s’interroge.

J’ai reposé mon livre maintes fois, j’ai eu du mal à lire, ressenti beaucoup d’émotions à la lecture de ce bouquin. Pourtant, et c’est son seul bémol, j’ai eu une impression de déjà-vu sur le scénario. Un scénario assez simple. Je pense que l’autrice a voulu créer un suspens pour certains détails, mais il était à mes yeux prévisibles dans les grandes liges, ce qui ne m’empêchait pas d’être soit happée, soit trop submergée pour continuer ma lecture. Donc le scénario aurait gagné à être plus original (j’ai pensé à un autre livre, Je me suis tue…), mais la façon d’écrire et de décrire fait qu’on souhaite suivre Marie jusqu’au bout, qu’on espère presque revenir sur le début du livre et éviter l’inévitable. J’ai été malmenée, retournée, certaines scènes sont très crues (sans être vulgaires), mais ça valait le coup. En fait, c’était une lecture plutôt inconfortable, comme j’en lis rarement. Une vraie claque.

Il y a matière à réflexion notamment sur la libération de la parole et le contexte favorable à celle-ci, contexte qu’on aurait voulu pour Marie. Et j’y pense encore un mois après ma lecture.

En trois mots, incisif, cruel, réaliste.

#RLN2018


2 réflexions sur “Le malheur du bas – Inès Bayard

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