Le pays des autres – Leïla Slimani

lepaysdesautresLe pays des autres, Leïla Slimani, éditions Gallimard (mars 2020), 368 pages. En audio, lu par Zineb Triki pour 567 minutes d’écoute.

Le pays des autres est le troisième roman de Leila Slimani. Je me rends compte que je les ai tous lus à leur sortie (y compris le jardin de l’ogre) alors que je n’ai jamais eu de coup de cœur, que je n’ai pas été forcément chamboulée par « une chanson douce », qu’il m’a toujours « manqué un truc », mais il faut croire que quelque chose m’attire chez cette autrice. En fait, j’ai toujours le même avis, il me manque un truc. Néanmoins, je trouve que ses livres valent vraiment le coup et qu’il serait dommage de passer à côté.

Dans Le pays des autres, on suit Mathilde, une française qui a épousé un marocain après la seconde guerre mondiale. Amine, son mari, s’est battu pour la France. Elle part donc pour le Maroc avec lui où il possède une terre cultivable… On est dans les années 50, le Maroc se bat pour son indépendance. Les tensions du pays semblent rejaillir sur la famille cosmopolite. Cela aborde les thèmes de couple mixte, dans un contexte historique particulier (l’indépendance) et l’identité. Sa façon d’aborder ce sujet est hyper intéressante L’autrice s’est inspirée de l’histoire de sa grand-mère. Il est intéressant de voir les points de vue de Mathilde (française, pleine de rêves, étrangère au Maroc) Amine (marocain qui s’est battue pour la France et s’assombrit une fois de retour au pays), Aïcha, leur fille (héritière d’une double identité, situation fort délicate), et les quelques autres personnages plus secondaires notamment Selma (sœur d’Amine, qui tente de s’émanciper de sa condition).

Paradoxalement, Leïla Slimani est à la fois une autrice distante et engagée. J’aime beaucoup ses interventions lorsque j’ai l’occasion de l’entendre. La dernière fois, c’était sur France Inter, et il est clair qu’elle connait à fond son sujet. Le thème de l’identité est au cœur de son roman. C’est un sujet personnel puisqu’elle est franco-marocaine, mais un sujet qu’elle a creusé de tous les côtés avec beaucoup de recul.

Ce qui transparait dans ses livres, c’est qu’elle n’émet pas de jugement sur ses personnages et qu’elle essaie de les comprendre quels que soient leurs actes. C’est à la fois très enrichissant, car elle décrit sans pathos les ressentis de chaque protagoniste, mais c’est peut-être aussi ce truc qui me manque. Cette complexité met sans doute le lecteur dans une situation un peu inconfortable. Elle ne nous guide pas à nous attacher à tel ou tel personnage. Elle les dépeint avec leurs qualités, leurs défauts, leurs bonnes et mauvaises actions. Aucun ne se distingue de manière héroïque. (je me suis toutefois attachée à un personnage secondaire : Selma)

Il y a de la violence, mais elle reste tapie dans l’ombre. Par exemple, à la fête d’anniversaire de la gamine, qui va dans une école française, ses camarades pensent qu’Amine est le chauffeur. C’est dit dans le fil de l’histoire, sans grande incidence sur l’intrigue, et je trouve que c’est hyper violent. Il y a également des passages que j’ai trouvé dramatiques, mais l’autrice ne semble pas les hiérarchiser comme tels ou très peu. Comme dans Chanson Douce, ce sont plein de petits moments à la fois banals et forts qui forment le quotidien et ont surtout un sens mis bout à bout. Elle n’use pas de lyrisme, car elle ne juge pas et laisse le lecteur le faire. Cela n’empêche pas d’avoir les points de vue des personnages qui sont seuls juges, mais le narrateur reste bien externe.

J’ai beaucoup aimé ce livre, plus que les précédents, malgré quelques longueurs. J’aurais aimé qu’il soit plus prenant, et ça aurait été parfait. L’absence d’action m’a manqué à certains moments, mais les sagas familiales narrent bien souvent le quotidien. Le pays des autres témoigne d’un passé qui a des influences sur notre monde actuel, avec des thématiques universelles qui demeurent. Si ce n’est pas un gros coup de cœur, je pense qu’il me marquera durablement et j’ai bien hâte de lire la suite.

L’avez-vous lu ? Quels autres livres avez-vous lu abordant ce thème? Cela m’intéresse car il ne me semble pas en avoir lu d’autres.


8 réflexions sur “Le pays des autres – Leïla Slimani

    1. « Chanson douce » est très différent, mais il a ce point commun de prendre du recul et ne pas juger les personnages malgré l’horreur qui est au cœur du roman. J’espère qu’il te plaira ! 🙂

      J’aime

      1. J’adore. J’ai vu le film donc je peux savourer le roman (l’avantage de connaître les grandes lignes de l’intrigue) et je pense qu’il finira parmi mes livres favoris. Je trouve que le personnage principal est très attachant.

        Aimé par 1 personne

  1. Je viens de le finir, j’ai aussi trouvé l’intrigue était très platonique mais ça m’a très peu dérangée car elle sait créer des personnages forts selon moi :).
    Cependant j’ai trouvé des incohérences dans les réactions de Mathilde (après la mort de son père) et de Amine (vis à vis de sa soeur). C’est surtout ça qui pour moi ont fait que ça ne peut pas être un coup de coeur.
    Mais je suis d’accord avec toi on passe toujours un bon moment avec ses romans, « des lectures doudous »

    Aimé par 1 personne

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