Le meilleur des mondes – Aldous Huxley

lemeilleurdesmondesLe meilleur des mondes, Aldous Huxley, (1932) ebook libre de droit, dispo en poche, disponible en poche (chez Pocket, 319 pages)

Résumé livraddict : Défi, réquisitoire, utopie, ce livre mondialement célèbre, chef-d’oeuvre de la littérature d’anticipation, a fait d’Aldous Huxley l’un des témoins les plus lucides de notre temps.
Aujourd’hui, devait écrire l’auteur près de vingt ans après la parution de son livre, il semble pratiquement possible que cette horreur s’abatte sur nous dans le délai d’un siècle. Du moins, si nous nous abstenons d’ici là de nous faire sauter en miettes… Nous n’avons le choix qu’entre deux solutions : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombe atomique, et comme conséquence la destruction de la civilisation (ou, si la guerre est limitée, la perpétuation du militarisme) ; ou bien un seul totalitarisme supranational, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique

Grâce au coach Zola, j’ai sorti « Le meilleur des mondes » de ma PAL. J’ai également une édition en anglais que je n’ai pas eu le courage de lire (je vais toutefois lire la préface de Margarett Atwood) et pour une première lecture, j’ai bien fait. Je pense que le livre aurait été trop complexe pour moi en anglais, mais pourquoi pas en seconde lecture dans quelques années. Car oui, je relirai ce livre !

Comme son nom l’indique, le meilleur des mondes est un monde parfait. Ce monde est hyper détaillé, et ce, dès le début. Il y a de nombreux détails scientifiques et politiques. A ce titre, j’ai eu l’impression qu’Huxley est moins accessible qu’Orwell. Les deux dystopies sont différentes, mais je les considère comme les gros classiques de ce genre, et je n’ai pas pu m’empêcher de comparer.

Dans cette société du futur, nous avons des individus conditionnés dès le plus jeune âge… Le premier chapitre s’ouvre d’ailleurs sur la visite d’une « usine à bébé », car ils sont créés selon les besoins. Il y a les alpha, bêta, gamma, delta et epsilon. Selon leur classe sociale, les individus se voient attribuer un rôle et sont conditionnés pour le remplir à merveille, ni plus, ni moins. Ce conditionnement stabilise la société. Huxley nous présente également une société si individualiste que la famille n’existe pas, la fidélité sexuelle est choquante, je ne parle même pas d’amour… Mais les loisirs sont développés, ainsi qu’une drogue nommé le « soma » qui permet à tout individu de s’évader s’il ressent des émotions (amour, solitude, etc.). Ainsi, la souffrance n’existe pas et la servitude est volontaire.

Cependant, certaines personnes ont conscience de vivre dans un monde pas si idéal et se posent des questions. C’est le cas de Bernard, qui se questionne et part en quête au Nouveau-Mexique, accompagné de Lenina. Cet endroit est une réserve sauvage où vivent des personnes non civilisées mais qui paraitra bien plus normal que le meilleur des mondes pour le lecteur (ils ont des émotions). Ils y rencontrent un sauvage, John, qui les accompagnera en Angleterre… Ainsi, Huxley peut confronter « deux mondes ».

J’ai trouvé la plupart des personnages antipathiques en dehors de Watson et Lenina. Je ne vais pas forcément détailler car cela résulte de leurs actions. C’est plutôt cohérent pour Bernard, mais j’aurais aimé que le personnage de John soit moins violent, car certaines scènes ne me semblaient pas nécessaires. [ATTENTION SPOILER] Tantôt il analyse ce monde avec recul et parait avoir de réelles valeurs, tantôt il fait preuve d’une violence envers autrui qui le décrédibilise à mon sens (du moins, qui n’est pas en faveur des émotions). Peut-être est-ce pour montrer une certaine folie, vu comment ce personnage termine sa vie. Il y a d’ailleurs des parallèles à faire avec une œuvre de Shakespeare, mais ça m’a échappé. Selon moi, il ne faut pas confondre la folie et la violence. Le fait d’être violent envers lui-même aurait suffi à exprimer cette folie causée par le meilleur des mondes. Après, il fallait bien qu’il repousse Lenina mais je pense qu’il y avait d’autres manières de faire. C’est peut-être voulu, mais j’aurais aimé avoir plus de compassion pour John.[FIN DU SPOILER] En dehors de cela, les personnages principaux offrent une diversité de points de vue intéressants. Ce n’est pas un roman polyphonique, mais on comprend les pensées de chacun vis-à-vis du monde qui les entoure.

L’intrigue est finalement plutôt basique, mais l’univers est très riche et intéressant. Il y a de nombreuses références à des personnages célèbres. Henry Ford a pour ainsi dire remplacé Dieu, et on perçoit une critique de la société de consommation (Ford payait ses ouvriers suffisamment pour qu’ils puissent consommer sa Ford T produite en série). Après tout, Huxley a vécu pendant la révolution industrielle, et il est très critique vis-à-vis de celle-ci. L’histoire commence en 632 après Ford. Malthus est également évoqué puisque les femmes prennent un traitement malthusien, la démographie est contrôlée et les femmes n’enfantent plus. Je pense que ce livre plaira beaucoup aux lecteurs intéressés par l’économie, car Huxley exacerbe certains concepts comme le taylorisme. De même les noms de Lénina, Bernard Marx, ne me semblent pas innocents !

Le monde d’Huxley, se basant sur la servitude volontaire, me parait assez visionnaire. C’est donc un totalitarisme qui ne dit pas son nom et parait plus probable que le régime répressif d’Orwell quoique les deux dystopies se complètent bien (et que du contrôle, on en voit poindre également les dangers). C’est peut-être un problème de traduction, mais malgré cela, j’ai été davantage passionnée par l’écriture et l’intrigue d’Orwell. Si j’ai été bluffée par le génie d’Huxley, il m’a un peu manqué « la fougue » du roman qui m’est nécessaire pour avoir un coup de cœur (un personnage emblématique, une écriture plus fluide, peut-être moins de précisions scientifiques) mais peut-être que cela n’est pas plus mal, car on se concentre sur cet univers qui est déjà grandiose. Il y a presque un côté essai par moment.

En bref, le meilleur des mondes aborde des thèmes toujours actuels. C’est un livre à l’univers très intéressant, très fouillé, que je relirai certainement en anglais. Je compte aussi lire d’autres livres de cet auteur car je trouve ses réflexions intéressantes.

J’ai appris que ce roman allait être prochainement adapté en série. J’espère qu’elle sera à la hauteur. J’ai un peu tiqué sur le casting (Demi Moore ne correspond pas à la description du personnage incarné, qui est décrite de manière peu flatteuse, et ça a une importance dans le bouquin), mais je trouve la bande annonce assez attirante !


5 réflexions sur “Le meilleur des mondes – Aldous Huxley

  1. J’aimerais bien le relire un jour, ma première lecture avait été particulière. J’avais eu du mal à entamer ce livre par son style assez complexe dans le vocabulaire rempli de termes scientifiques et comme toi, il m’a manqué au moins un personnage à apprécier ou mieux cerner. Je ne savais pas qu’une série était prévue, le casting ne me plait pas beaucoup mais à voir.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, j’ai l’impression qu’il faut aborder ce livre presque comme un essai pour bien l’apprécier car au niveau du style et des personnages, il manque de quoi emporter vraiment le lecteur. C’est pourquoi je pense le relire en anglais dans quelques années (avec le style brut de l’auteur).

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s