Sous les branches de l’Udala – Chinelo Okparanta

Couverture Sous les branches de l'Udala

Sous les branches de l’udala, Chinelo Okparanta, éditions Belfond, 23 août 2018 (vo 2016), 366 pages

Ijeoma a onze ans lorsque la guerre civile éclate au cœur de la jeune république du Nigeria. Son père est mort et sa mère, aussi abattue qu’impuissante, lui demande de partir quelques temps et d’aller vivre à Nweni, un village voisin. Hébergée par un professeur de grammaire et son épouse, Ijeoma rencontre Amina, une jeune orpheline. Et les fillettes tombent amoureuses. Tout simplement.Mais au Biafra, dans les années 1970, l’homosexualité est un crime. Commence alors le long et douloureux combat d’Ijeoma pour réussir à vivre ses désirs et, surtout, à comprendre qui elle est : il y aura la haine de soi, les efforts pour faire ce que l’on attend d’elle, et, enfin, la puissance des sentiments, envers et contre tous…

J’ai terminé ma première lecture pour le #litterathonféminin (organisé par Antastesialit sur instagram) avec « Sous les branches de l’udala » de Chinelo Okparanta.

Ce livre est le premier roman de Chinelo Okparanta, déjà primée pour ses nouvelles. Comme je l’avais dit dans ma présentation, c’est l’histoire d’Ijeoma, jeune femme lesbienne, qui débute dans les années 1968. C’est donc un contexte historique de conflits meurtriers interethniques. Dans ces années-là, Ijeoma est adolescente et va rencontrer Amina qui sera son premier amour. Cet amour est considéré comme « une abomination » puisque les traditions religieuses rejettent l’homosexualité.

Le récit ne tourne pas autour de cette histoire d’amour précisément mais bien autour du personnage d’Ijeoma qui grandit au fil des pages, physiquement et intérieurement. Le cheminement est difficile pour se construire dans une société qui rejette ce qu’elle est. Plusieurs thèmes sont abordés tels que les relations mère-fille, l’homosexualité, l’amour, la guerre, la religion.

Ijeoma est vraiment au centre de ce récit à la première personne du singulier. On vit vraiment à ses côtés les injustices subies, tout en comprenant les efforts qu’elle fait pour les autres. J’ai beaucoup aimé son entourage, notamment sa mère, malgré son côté très traditionnel et donc néfaste par moment. Elle lui dit par exemple :

« Une femme sans homme n’est pas vraiment une femme. »

Cependant, il semble qu’elle lui fasse la morale par protection (même si cela produit l’effet inverse). Les personnages qui sont dans le rejet ne semblent pas se poser de questions. Ils ne sont pas foncièrement détestables ou mal intentionnés. Eux-mêmes sont écrasés sous le poids de ces traditions.

Ijeoma est très attachante. Le lecteur vit à ses côtés (et certaines scènes sont vraiment difficiles), a accès à ses raisonnements et à ses sentiments. Ainsi, il comprend ses doutes, ses peurs, son sentiment de culpabilité, ses espoirs. J’ai apprécié qu’elle ne rejette pas sa religion, mais l’approfondisse au contraire par ses réflexions. C’était très intéressant à lire, bien que je sois athée.  

La guerre est ici plutôt un contexte de fond, mais on la ressent même après sa fin, car Ijeoma, d’une certaine façon, aura toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête. En effet, elle ne peut espérer aimer à découvert, quelle que soit sa décision finale.

C’est un récit malheureusement universel sur bien des aspects et actuel. A la fin, l’autrice rappelle qu’en 2014, le président du Nigéria a criminalisé les relations entre personnes de même sexe. C’est illégal et passible de 14 années de prison voire de lapidation dans certains Etats du Nord.

Un beau roman qui, malgré l’amertume de ce rappel, donne une lueur d’espoir.

Quelques citations pour finir :

« Je m’interrogeais sur la bible dans son ensemble. Peut-être toute cette histoire était celle d’une certaine culture, caractéristique d’un lieu et d’une époque précis, ce qui rendait les choses difficiles à comprendre aujourd’hui, et encore moins applicables. Par exemple, l’Exode. « Tu ne feras pas cuire un chevreau dans le lait de sa mère ». Le Deutéronome le dit aussi. Mais qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ? Quelle valeur cela avait-il pour les gens de l’époque ? Est- ce que bouillir un chevreau dans le lait de sa mère était une métaphore pour condamner le manque de sensibilité, le fait d’avoir un cœur de pierre ? Ou était-ce une référence à un ancien rituel que plus personne n’accomplissait aujourd’hui ? N’empêche, c’était là, dans la bible, susceptible d’être interprété de toutes les manières qui plaisaient aux gens. » p 97

« Si vous vous lancez dans une chasse aux sorcières, vous finirez bien par en trouver une. Quand vous la rencontrerez, elle aura l’allure de madame Tout-le-monde. Pourtant, à vos yeux, sa peau semblera luire de rayures noires et blanches. Vous verrez son balai, vous entendrez son ricanement, et vous sentirez la puissance de ses sortilèges s’exercer sur vous. Qu’importe qu’elle ne ressemble en rien à une sorcière, car à vos yeux elle en sera bien une. »

« C’était terrible, cette manière de jouer les victimes dans la tragédie d’un autre ». p 288


Une réflexion sur “Sous les branches de l’Udala – Chinelo Okparanta

  1. Je l’ai repéré depuis sa sortie, les thèmes qu’il aborde m’intéressent bien, surtout ce dilemme intérieur d’Ijeoma entre une religion qui condamne ce qu’elle est et son attirance sexuelle.

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