Journée internationale des droits de la femme 2021 – pourquoi ça reste important

Hier, journée internationale des droits de la femme, j’ai eu l’impression que c’était la journée de la remise en question de ces droits entre /Une certaine Une de journal qui choisit ce jour pour mettre en exergue la parole d’un violeur // Des articles de remise en cause de l’IVG (à cause du débat sur l’IMG) // Des blagues sexistes d’hommes sur mon fil d’actualité. A prendre au second degré… mais bon, ça montre que ce n’est pas important pour eux // Des remarques récurrentes sur la « victimisation », des critiques récurrentes envers les personnes qui « font des histoires » et donc encore une fois une remise en cause systématique des témoignages. Ces remarques émanent aussi bien des hommes que des femmes. Je peux comprendre d’ailleurs, que ça saoule, mais il y a des options moins blessantes que le victim blaming ou victim bashing (se taire, couper les réseaux, bloquer les comptes qui ne plaisent pas).  // Beaucoup de gens qui pensent que ce n’est plus important car en France, en 2021, on a tout bon !

(…)

Cela a peu de sens mais je coupe mon propre texte. Pour résumer, hier j’ai coupé les réseaux. Je racontais certains moments fondateurs de mon féminisme (dont les violences conjugales subies par ma mère de mes 9 à 18 ans donc très jeune j’ai assisté à l’impuissance de la police que j’appelais moi-même voire à son indifférence, cela dépendait. Parfois ils étaient compatissants avec madame, parfois ils rigolaient avec monsieur qui commençait à se dégriser et n’avait pas l’air si méchant. Bref bref). Je racontais aussi certains « détails » qui peuvent être plus signifiants qu’on ne le pense (l’aménagement de l’espace par exp.). Et le fait qu’intérioriser le sexisme en tant que fille, selon son éducation, peut être douloureux voire dévier notre vie (fausser nos relations, atténuer nos ambitions, etc.)

(…)

Que vivent les enfants aujourd’hui ? Par observation, j’ai vu que les amours « innocents » de cour de récré fonctionnaient déjà en primaire sur un rapport de possession et de baisers non consentis. Mon fils m’a répété qu’un de ses camarades fait pleurer une fille parce qu’il la trouve plus attirante quand elle pleure (cm2). Le même a dit que « c’est aussi aux filles de changer leur comportement ». Je prends le bus de ville, j’entends un collégien parler de sa copine qui est belle (c’est apparemment sa seule qualité, mais passons), qui exhibe sa photo comme un kéké exhibe sa voiture à tous ses amis. Et il dit que ce week-end il va « la casser ». Mon fils m’a dit que les autres garçons n’aimaient pas les filles. En l’écoutant parler avec eux après la classe, je vois qu’il base son ressenti sur du concret. J’ai entendu que les filles c’était naze par exemple, et vu un camarade essayer de convaincre mon fils de moins parler aux filles car elles ne sont pas intéressantes. Est-ce inhérent à l’âge ? Je pense que les enfants ont besoin de ranger les catégories apparentes dans des cases, mais qu’on peut déconstruire tout ça. Mon fils met les filles sur un piédestal (elles lui semblent plus intelligentes), donc il les range aussi dans une case d’une certaine manière. Nous avons de nombreuses discussions car je ne veux pas non plus qu’il pense que la douceur/la sagesse est une caractéristique féminine ou qu’un garçon est violent par essence par exemple. C’est un repère facile mais qui fausse notre identité et nos attentes envers autrui. De plus, si ce sont effectivement des gamins, peu vont se réveiller et devenir conscients du jour au lendemain. Il est essentiel de parler du consentement clairement et régulièrement. Il est essentiel de les rendre autonome, car il y a encore des différences de comportement bien visibles dont certains sont problématiques.

Abandonner la lutte, c’est non seulement laisser ce statu quo sous prétexte que « c’est bon, on a des lois » et tant pis pour nos mœurs patriarcales, mais c’est aussi laisser le champ libre aux oppresseurs. Car il faut se battre pour obtenir et garder nos droits.

J’ai dû m’éduquer, et je dois encore le faire. Je ne milite pas, j’essaie surtout d’appliquer le féminisme à ma vie et à mon éducation autant que possible. Je n’ai pas d’avis sur tous les sujets concernant le féminisme, et ce n’est pas mon propos.

Le féminisme est un mouvement pluriel, on le sait tous et toutes (ou pas). Il suffit parfois de ne pas se retrouver dans une revendication (jugée « extrême » bien souvent) pour s’en désolidariser, et c’est bien dommage. Il y a encore du chemin à faire.

Très drôle aussi les femmes qui ont l’air de chercher l’approbation des hommes en faisant bien savoir qu’elles ne sont pas féministes car elles aiment les hommes, qu’il ne faut pas tous les mettre dans le même panier, etc. Spoiler alert : on peut être féministe, en couple hétéro épanoui, avoir des amis hommes, un fils et ne pas aimer le patriarcat. Certains revendiquent ne pas aimer les ouinouin mais ils sont les premiers à se plaindre pour d’autres sujets (snif, on peut plus rien dire, etc.). On peut se ficher de certains droits à titre personnel sans entraver ceux qui se battent pour les obtenir.

Le relativisme de certain.e.s m’a amené à un petit ras-le bol. Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas qu’on n’a rien vécu. Il y a encore trop d’actes de violence ordinaires comme le viol conjugal, les violences conjugales, l’éducation sexiste, j’ai même trois incestes dans mon entourage (et je ne suis pas du genre à avoir des dizaines d’ami.e.s). La violence n’est pas un rare fait divers, et parmi toutes les victimes de violence que je connais, peu ont dénoncé quoi que ce soit. C’est juste « la vie », beaucoup d’hommes restent impunis. J’ai une amie qui a été violée (sous GHB), le mec faisait partie de nos relations amicales, elle avait juste accepté un verre et a dû recoller ensuite des souvenirs glauques dans sa tête (et qui montrent que le gars savait ce qu’il faisait). Il vit encore sa vie de mec normal, il est papa d’une petite fille. Une victime sur cinq porte plainte selon les statistiques. Au lieu de se plaindre de l’importance médiatique de certaines révélations, faut peut-être se poser des questions.  Une autre amie dont le beau-père a essayé (sa mère ne l’a jamais cru), encore une autre dont le père a violé sa grande sœur qui s’est suicidée, mais c’était un secret et le gars est gendarme dans une autre ville (officiellement, c’était un suicide inexpliqué d’une ado mal dans sa peau). J’ai un ami qui a battu physiquement sa femme une fois, lui a fait vivre des violences psychologiques et qui ne s’en rendait pas compte car « il y a pire ailleurs ». Pourtant, ce même ami a vécu le suicide d’une femme proche… qui subissait elle-même de la violence conjugale. Il croit donc savoir (comme quoi, on en parle peut-être pas assez), et pense que c’est toujours les autres hommes les oppresseurs. Voir ce genre de comportement me rappelle quelle est ma propre position dans d’autres luttes qui ne me concernent pas directement et pour lesquelles je suis en situation de privilégiée. Ça fait réfléchir. (et j’ai résumé les histoires les plus percutantes, j’en ai encore en stock sur d’autres sujets comme la discrimination en entreprise, les violences médicales et obstétricales, etc.)

Certains parlent aussi au nom des femmes car soi-disant les femmes de leur entourage n’ont rien vécu, pas même du harcèlement de rue (oui, j’ai vu ce commentaire de la part d’hommes). Mon père et mes frères pensent sûrement la même chose (voyez pourtant tous les témoignages que j’ai recueillis plus haut). Il y a des choses que l’on ne confie pas à n’importe qui. Si vous êtes quelqu’un de fermé, il est peu probable que l’on se confie à vous. Confier de telles choses, c’est difficile, parfois risqué (quand l’agresseur est encore dans l’entourage de la victime). Donner sa voix, la voir incomprise, parfois souillée, niée, s’exposer à du jugement, à du victim blaming et j’en passe. Etant une oreille attentive dans la vie quotidienne, j’en ai entendu des choses, et j’en ai subi parfois. Ces femmes réagissent différemment, mais dans les faits, j’en connais vraiment peu qui ne m’aient rien confié.

Donc hier, lire qu’on ne vivait plus vraiment dans une société patriarcale euhh… pfff… On a besoin d’en prendre conscience. Idem pour ce qui est des autres formes d’oppression et discriminations (racisme, de l’homophobie, de la transphobie, de la psychophobie, etc.) dont je n’ai pas parlé. C’est souvent nié par des gens qui ne sont même pas concernés avec parfois une ignorance sincère mais exaspérante.

Écoutons les personnes concernées si elles s’expriment, éduquons-nous par nous-même sans attendre après elles (via les livres, films, documentaires, ressources en ligne). Soyons prêt.e.s à recueillir la parole. Tout le monde y gagnera.

Je vous envoie du positif, je ne sais pas si cet article restera, peut-être car je me suis censurée. Je ne veux pas que ça paraisse plaintif, mais ce sont simplement des réalités et certains ont encore des œillères. Puis un peu violent… si une de vos amies vous confie que son mec la bat ou qu’elle a été violée, vous allez sérieusement lui répondre d’arrêter de se plaindre ? J’ai fait partie des personnes qui n’osaient pas revendiquer son féminisme parce que c’est mal vu ou parce que je me reconnais pas dans toutes les actions menées. Je pense que l’intime est politique. Je pense qu’il y a des situations que l’on peut éviter grâce aux luttes. Alors, elles en valent la peine.

Je m’en vais rédiger mon avis sur le deuxième sexe, et j’en ai plein d’autres à poster d’ailleurs. J’ai lu une quinzaine de romans en début d’année. : ) Mais j’avais besoin d’écrire cette mise au point avant tout.


5 réflexions sur “Journée internationale des droits de la femme 2021 – pourquoi ça reste important

    1. Merci, oui et c’est là qu’on se rend compte le courage qu’ont certaines de parler (alors qu’on dit que c’est « la mode », que c’est « pour l’argent » ou ce genre de choses) via des sujets vraiment graves, intimes, et alors qu’elles sont vraiment exposées.

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