Anna Karénine – Léon Tolstoï

Enfin je vous présente ce grand roman qui m’a sortie d’une panne de lecture. Je l’ai lu en audio, dépassant ainsi mon appréhension face aux 1000 pages. De même, j’avais peur de Tolstoï, ayant très peu lu de littérature russe, et le style est bien plus accessible que ce à quoi je m’attendais. Je l’ai racheté en papier pour en relire des passages à mon aise.

Place au résumé livraddict :

La quête d’absolu s’accorde mal aux convenances hypocrites en vigueur dans la haute société pétersbourgeoise de cette fin du XIXe siècle. Anna Karénine en fera la douloureuse expérience. Elle qui ne sait ni mentir ni tricher – l’antithèse d’une Bovary – ne peut ressentir qu’un profond mépris pour ceux qui condamnent au nom de la morale sa passion adultère. (…. En fait je coupe le résumé qui spoil pas mal…)

Ce résumé est un peu trompeur, j’en parlerai un peu plus bas. Tout d’abord, il faut savoir que c’est un roman feuilleton, paru en 1877 dans un journal qui s’intitulait « Le messager russe ». Je pense que ceci explique les courts chapitres plutôt dynamiques. C’est d’ailleurs une histoire très agréable à suivre en audio. De même, si le pavé vous fait peur, c’est un roman dont la lecture peut facilement se découper.  (Il y a pas moins de 8 parties qui sont divisées en de nombreux chapitres, plus de 200)

Dès l’incipit du roman, j’étais dedans :

« Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon. »

Incipit d’Anna Karénine traduit par Henri Mongault (éditions Folio)

Le roman s’ouvre sur l’adultère, pas celui que le lecteur attend, mais celui du prince Stépane Arkadiévitch (frère d’Anna) envers sa femme Dolly. J’ai été de suite intriguée, car ce qui chagrine notre bonhomme… bah c’est qu’il n’a pas assez bien caché son jeu, et il s’en veut non pas d’avoir trompé sa femme, mais de ne pas avoir pris les précautions nécessaires. A priori, cela ne suscite pas la compassion, mais la psychologie du personnage est tellement bien décrite que j’ai été subjuguée. A défaut de compassion, les talents de portraitiste de Tolstoï nous apportent une totale compréhension du personnage.

J’ai été entrainée par cette histoire immédiatement. J’ai juste eu un peu de mal avec les prénoms car il y a différentes appellations et en audio, il faut vraiment être attentif car il est difficile de revenir en arrière. Par exemple, Stépane Arkadiévitch -> famille Oblonsky -> Stiva pour le surnom. En plus de cela, il y a les liens entre tous les personnages à intégrer. Après lecture et un mois et demi à leurs côtés, avec du recul donc, cela me semble très simple, mais il peut être pertinent de se faire un petit organigramme au début.  

Bref, je vous ai parlé de Stépane, personnage secondaire, et j’en viens à ce que je disais plus haut sur le résumé trompeur. Le lecteur attend Anna, mais elle n’apparait qu’au chapitre 18. Elle n’ouvre ni ne clôt le roman ce qui peut paraitre curieux. Anna, en vérité, est un personnage emblématique mais pas l’unique personnage principal. Tout du long, les autres personnages conservent une bonne place dans l’intrigue dont Lévine, qui a d’ailleurs peu de scènes avec Anna. Il y a donc deux grosses intrigues parallèles formant une dichotomie entre deux couples très différents (Anna/Vronski et celui de Lévine). Le troisième, celui de Stépane/Dolly, est plus secondaire.

C’est aussi la description de trois Russies. Attention, on reste énormément auprès de la noblesse russe du XIXème siècle, mais on voyage entre Saint-Pétersbourg (théâtre de la noblesse où les conventions sont très importantes et paraissent très hypocrites), Moscou (plus ouverte) et la campagne (au mode de vie plus simple, même si Lévine est un noble propriétaire terrien).

J’ai adoré découvrir cela, et je n’ai été nullement dérangée par tout le développement autour de Lévine en dehors de quelques longueurs qui peuvent être un peu déroutantes au début (et passent mieux en audio pour le coup). Au contraire, j’ai adoré suivre ce personnage. Lévine est une sorte de double de Tolstoï, celui qui va donner une dimension « morale » et philosophique au roman. C’est un personnage qui pense beaucoup, et quand il expose son avis sur la société russe, il peut être un peu complexe à suivre pour le lecteur qui n’aurait aucune base sur la société russe et les réformes de l’époque. C’était mon cas, mais ça m’a donné envie d’en savoir plus. 

Tolstoï s’adressait à ses contemporains et à l’époque, la société était à un tournant. On remarque en effet que cette société conservatrice est en train de changer (il y a même à un moment une discussion animée sur la place de la femme), le servage a été aboli en 1861 et des conseils locaux ont été instaurés pour plus de représentativité, les zemstvos… Bref, c’est tout frais lorsque Tolstoï écrit son roman. La société est coincée entre tradition et modernisme, les valeurs évoluent et j’ai trouvé que c’était très intéressant (vivement la relecture !). Je pense que Tolstoï lui-même est coincé entre ces valeurs, ce qui se traduit par la quête intellectuelle (puis spirituelle) du personnage de Lévine, très semblable à son auteur. Je me dis que Tolstoï a dû évoluer avec son personnage. Sans être forcément d’accord avec ses prises de positions et conclusions, je l’ai trouvé très sincère, allant au fond des choses de manière non péremptoire.

Chaque personnage a d’ailleurs ses qualités et ses défauts propres. Ils ont énormément de relief. Je n’ai pas réussi à détester le mari d’Anna, et Lévine qui est mon favori m’a fait rouler des yeux plus d’une fois… (bon, il y a Lydie qui est détestable mais elle est très secondaire^^) A la fin du tome 1, j’étais tout de même déçue de ne pas plus entrer dans la peau d’Anna, qui est davantage dépeinte dans le tome 2. Dès le début, on voit naitre sa passion avec Vronski mais le livre n’est pas très passionnel à cet égard. Disons que ce n’est pas une histoire d’amour, et que Tolstoï s’attarde sur beaucoup de sentiments mais c’est surtout l’histoire d’une femme qui fait fi des conventions et sur les conséquences de cette passion.

Je n’en dis pas plus, car on a vite fait de spoiler et j’en ai dit pas mal en tuant volontairement certains éléments de l’intrigue. Je ne peux que conseiller de se renseigner un petit peu sur le contexte avant lecture, les longueurs « politiques » ne sont pas nombreuses à mes yeux mais elles passeront mieux avec ces éléments en tête. De même, ne vous attendez pas à une histoire centrée sur Anna seulement. Si vous êtes prêts à vous intéresser à tous ces personnages que Tolstoï décrit magnifiquement, ainsi qu’à la noblesse russe du XIXème siècle, n’hésitez pas une seule seconde. Personnellement, j’ai adoré et j’entame Guerre et Paix cette semaine !


6 réflexions sur “Anna Karénine – Léon Tolstoï

  1. J’avoue que je suis assez tentée mais j’ai peur de Tolstoi et du pavé. Mais le fait que tu dises qu’il peut facilement se découper, avec des chapitres courts et dynamiques, est rassurant !
    Je remarque que sur les classiques connus ça arrive souvent que l’idée qu’on a de l’histoire soit tronquée ou que le personnage principal ne soit pas autant présent.
    En tout cas tu le vends bien !

    Aimé par 1 personne

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