La parabole du semeur – Octavia E. Butler

La parabole du semeur (vo 1993), Octavia E. Butler, Editions au Diable Vauvert, 392 pages

Depuis quelques temps, j’ai envie de découvrir Octavia Butler, autrice emblématique de l’afrofuturisme. J’ai entendu son nom pour la première fois dans un podcast de Louie Media (épisode avec Laura Nsafou).

L’histoire commence à 2024. On y suit Lauren qui a 15 ans au début du récit (pour le tome 1, cela va jusqu’à fin 2027 où se déroule une grande partie de l’action), d’emblée plutôt mature pour son âge. Fille de pasteur, elle vit avec un confort relatif dans un monde post-apocalyptique ou du moins qui bascule.

Elle sait très bien que ce confort est temporaire. J’ai eu au départ un peu de peine à me figurer le monde dans lequel elle vit. Elle habite est une sorte de quartier fermé, car la vie dehors est dangereuse. La pauvreté a augmenté et la criminalité avec (pillages, meurtres, incendiaires, drogués). Ainsi, lorsqu’ils sortent, ils le font en groupe et non sans raisons. Le quartier de Lauren vit modestement, mais on comprend rapidement qu’ils sont « riches » pour les autres, notamment en capital culturel. En effet, Lauren sait lire et écrire. Elle se sert de cette capacité pour rédiger un texte qui s’apparente à un texte religieux/philosophique où Dieu est changement. Ce confort de vie, ils finiront par le payer et Lauren sera amenée à prendre la route…

« Les grands attendent que leur cher passé revienne et ils ne voient pas que tout change autour d’eux. Ils sont responsables du changement de climat de la planète, mais ça ne les empêche pas d’attendre le retour du bon vieux temps. »

page 65

Toute ressemblance avec des faits réels est purement fortuite, l’autrice ayant écrit le livre en 1993 et étant décédée en 2006.

Le livre est structuré comme un journal intime, celui de Lauren. J’aurais aimé plus de descriptions, car j’ai eu de la peine à imaginer ce monde. On est sur un virement post-apo sans qu’il n’y ait eu d’apocalypse dans le sens où il n’y a pas une cassure à un moment précis. Tout s’est désagrégé petit à petit ce qui explique qu’en 2024, il y ait de grosses inégalités dans un monde néolibéral à l’extrême. Par exemple, il faut payer pour que la police intervienne, la casse sociale est tellement profonde que le retour de l’esclavage devient possible… Il n’y a plus réellement de travail bien rémunéré et plus de législation à ce niveau. Donc ça c’est ok, mais j’aurais aimé plus de descriptions au niveau du paysage environnement.

Lauren a conscience du monde dans lequel elle vit et se prépare à la résistance. Elle souhaite ouvrir les yeux aux autres, ce qui n’est pas simple puisque la vérité est difficile à entendre. Pourtant, elle est pleine d’espoir. Ce qu’elle plaide positivement, la plupart des personnes le perçoivent de manière négative puisque cela suppose d’admettre la fin de l’ancien monde. Elle envisage le pire, mais n’est pas dans un pessimisme pur et dur, car elle envisage la reconstruction. Mais elle ne peut se faire sans lucidité, même si ça fait mal.

Lauren est noire, ce qui a son importance puisque la question raciale est évoquée. D’ailleurs, tous les rapports de domination sont évoqués (race, classe, genre).

C’est ce qui m’a le plus plu dans ce livre, même si c’est simplement une bonne lecture pour moi. J’ai été admirative de la lucidité d’Octavia Butler dans ses idées, mais j’aurais aimé un peu plus de profondeur sur le contexte. Je trouve qu’on reste en surface sur pas mal de question, mais il est parfois compliqué de trouver l’équilibre entre réflexion et action dans les romans d’anticipation. Ce défaut a donc son pendant positif : on entre assez rapidement dans l’action avec un bon côté survivaliste qui plaira à certains. Lauren n’est pas qu’une penseuse, elle agit et elle a la niaque.

Également, Lauren a une particularité, l’hyperempathie. Elle ressent la douleur des autres dans sa chair. Cette particularité la rend un peu « prophète » mais je ne trouve pas que ça apporte grand-chose au récit, et j’ai même failli oublier de le mentionner ! C’est un handicap avec lequel elle vit, et qui est la conséquence d’une drogue qu’aurait ingéré sa mère. Cela a certainement dû jouer dans sa façon d’être. C’est une personne qui peut donc être vulnérable physiquement, mais dont la foi personnelle amène loin.

J’ai bien aimé la fin de ce tome qui m’a donné envie de lire la suite !

En bref, une bonne lecture !


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