Passionnément, à ma folie – Gwladys Constant

passionnémentPassionnément, à ma folie, Gwladys Constant, éditions Rouergue, 208 pages

Gwen est une fille sympa et bonne élève. Une fille qui n’a jamais eu d’histoire d’amour. Alors, quand William, le beau gosse, l’un des plus populaires du lycée, pose ses yeux sur elle, son coeur brûle tout de suite. Elle croit avoir trouvé l’âme soeur, l’amour rare qui rend soudain la vie intense. Mais le conte de fées vire vite au cauchemar. Gwen n’était qu’une marionnette, entre les mains de ce garçon.
Alors, pour se sauver et comprendre, elle raconte dans ce carnet intime le piège dans lequel elle est tombée. Un livre bouleversant sur l’amour vampire.

Ce livre parlant de la manipulation amoureuse du point de vue d’une adolescente m’intriguait. En effet, je connais peu la litté jeunesse (sauf fantasy/sf YA), mais je trouve important d’aborder ce genre de sujet et j’étais curieuse de voir comment l’autrice pourrait l’aborder. Le titre est excellent « passionnant, à MA folie ».

« Obtenir ce carnet fut difficile.
J’ai été retorse en matière d’idées pour en finir avec mes jours »

Telles sont les premières lignes. Le livre commence fort. Nous savons que Gwen a tenté de se suicider, qu’elle est à l’hôpital et qu’elle prend ce carnet pour nous raconter son histoire. Coucher ses maux sur le papier pour se reconstruire. Mais de quoi exactement ?

Gwen reprend son récit depuis le début. C’est chronologique, avec quelques passages dans le moment présent de sorte qu’on n’oublie pas que Gwen nous raconte son histoire, là, maintenant, et que revivre ses souvenirs s’avère difficile. C’est un personnage sympathique. Elle est attachante, c’est le genre de fille « banale » qui découvre la vie. Elle adore lire, c’est une bonne élève, et elle n’a jamais eu de petit ami. C’est alors que William, « hyperpopulaire », mais surtout charismatique, s’intéresse à elle. Intérêt qu’elle essaie de maintenir, malgré des exigences subtilement toujours plus hautes.

Par exemple, alors qu’elle lit Twilight sur le banc, il l’interpelle et se moque d’elle gentiment, de sorte qu’elle semble avoir un peu honte de sa lecture à ce moment-là. Et ce début de relation est très représentatif et bien trouvé : Gwen n’est pas à la hauteur, William parait plus intelligent, bref c’est à elle de se mettre à son niveau. Sur le moment, elle ne sais pas exprimer ce qu’elle ressent, ce qu’elle est, et l’expression est finalement nécessaire pour s’assumer face à autrui qui nous dénigre.

« Je sentais bien qu’il y avait des différences, des degrés dans la qualité, que Stephen King et Emile Zola ne jouaient pas dans la même cour, mais qu’on pouvait s’amuser dans les deux. J’avais bien compris, dès le collège, grâce à madame Beaulieu, qu’il y avait des textes chiants à lire mais passionnants à étudier et des romans passionnants sur lesquels il n’y avait finalement pas grand-chose à dire. Et que les deux étaient légitimes, le loisir et l’étude, le divertissement et l’analyse, qu’il ne fallait pas vouloir choisir son camp. Que la littérature n’était pas un champ de bataille, mais une montagne, avec des degrés d’altitude et des sentiers de randonnée plus ou moins ardus, les uns comme les autres menant à un point de vue. C’était cela qui comptait. Arriver quelque part… et contempler. »

Désolée pour le détour, mais j’aime beaucoup ce passage. 😊 Même si je pense qu’un roman passionnant à étudier n’est pas forcément chiant à lire et vive versa, il y a de l’idée dans ces degrés. C’est toujours agréable d’avoir des personnages principaux adorant la lecture, et là ce n’est pas dans l’exagération comme dans certains romans YA où les personnages citent des grands auteurs à tout va.

Mon seul bémol concernant son personnage, c’est qu’elle est présentée comme naïve, avec une vie tranquille et paisible, comme si elle sortait du monde des bisounours. La victime idéale en clair. Ma crainte est donc qu’une ado un peu plus écorchée par la vie aurait peut-être du mal à s’identifier. Alors que naïve avec une vie rose, ou désabusée avec une vie difficile, on est susceptible de tomber dans ce genre de piège. C’est un peu pinailler, car du reste l’engrenage dans lequel elle s’embarque est très bien expliqué. 

Au début, tout est rose. William est un parfait petit ami. Il peut, car Gwen est docile. Elle le contredit rarement, elle l’admire, et elle essaie d’être meilleure pour lui. Par exemple, elle va lire ce qu’il lui conseille et ne pas finir Twilight. Elle se sent unique avec lui, et lui cède tout sans forcément s’en rendre compte, c’est assez subtil. Il a parfois des attitudes étranges, mais elle lui pardonne par amour, et il a le chic de renverser la culpabilité sur elle. Le lecteur a parfois envie de le gifler cela dit. ><

Je n’en dirai pas plus sur leur histoire, qui passe de rêve à cauchemar sans qu’elle s’en rende compte. J’ai aimé qu’à la fin, on ait des explications psychologiques du docteur. C’est éclairant notamment en matière de relation humaine. Ce n’est pas tant sa crédulité qui l’a rendue facile à manipuler, mais sa gentillesse et le fait qu’on projette nos qualités et nos défauts sur les autres (d’où le dicton « trop bon trop c*n » ?! ou « c’est celui qui dit qui l’est » ?^^).

Je pense que cette expérience fictive peut être utile aux ados, filles comme garçons (ces derniers aussi peuvent être manipulés). Il y a peut-être une sorte de manipulation dans toutes les histoires d’amour avec ces questions : jusqu’où aller pour plaire ? (certaines exigences vous feront hurler, mais qui n’a jamais fait un effort pour plaire !) pour faire des concessions ? Comment de pas s’oublier ? On pourrait presque se mettre dans la peau de William, comment ne pas bouffer l’autre, l’accepter comme il est, etc. Son point de vue aurait pu être intéressant. Mais comme d’habitude, c’est la victime qui finit par se remettre en question, alors que l’autre recommencera. Evidemment, c’est réaliste !

En bref, un livre prenant et éclairant sur la manipulation amoureuse. Je l’ai dévoré d’une traite, et je le conseillerai avec plaisir, car même si j’ai pinaillé sur quelques éléments, c’est un très bon livre qui va au bout de son développement.

Merci aux éditions rouergue et à babelio pour la découverte de ce livre.


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