Chanson douce, Leila Slimani

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Chanson douce, Leïla Slimani, éditions Gallimard, 277 pages, août 2016

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

 

Chanson douce est mon deuxième livre de Leila Slimani. J’avais en effet lu Dans le jardin de l’ogre (avant ce blog donc je n’ai pas fait de chronique). J’avais aimé mais « sans plus » comme on dit. Le récit m’avais intéressé, mais il m’avait manqué un truc.

J’ai donc légèrement hésité avant de me lancer dans Chanson douce. La LC sur livraddict a fini de me convaincre (il est encore temps de participer si vous le désirez) et me voilà embarquée dans une histoire assez difficile qui commence ainsi « Le bébé est mort ». Je m’attendais donc à un livre assez touchant, voire poignant. Mais ce n’est pas tout à fait cela. Pour autant, le livre m’a plu.

Le livre commence par la fin. Ainsi, le lecteur se demande comment on est arrivé là. L’auteur parviendra-t-elle à nous faire comprendre l’indicible? Comment on en est arrivé là?

Ainsi, nous sommes immergé comme si de rien n’était dans le quotidien de cette famille. Myriam souhaite reprendre sa carrière, ne s’épanouissant pas vraiment dans son rôle de mère au foyer. Paul, d’abord réticent, consent et ils partent donc à la recherche d’une nounou pour leurs deux enfants. Ils trouveront Louise, la nounou parfaite façon Mary Poppins, toujours tirée à quatre épingles, aimé des enfants et transformant votre capharnaüm en petit nid douillet.

Ce livre est très court et j’ai peur d’en dire plus. Tout d’abord, je n’ai pas vraiment aimé les personnages. J’ai pu comprendre chacun d’eux, mais je n’ai pas vraiment adhéré à leurs comportements. Les enfants m’ont semblé avoir peu de substance, et leurs parents m’ont parfois énervé. Louise est le personnage le plus intéressant. Mais ce qui est vraiment intéressant, et c’est ce que Leïla Slimani exploite à merveille, ce ne sont pas les uns et les autres… mais les uns vus à travers les yeux des autres. On a plus souvent de visions sur la nounou, et je pense que c’est ce qui fait son intérêt. Durant certains passages, on la trouve déjà folle (l’épisode du poulet était glaçant), fragile. Parfois, on aimerait recadrer ceux qui lui font subir des injustices, parfois on aimerait la secouer et la réveiller. Ce personnage n’a pas vraiment réussi à m’émouvoir, et je n’ai pas pu lui trouver de circonstances atténuantes. On sait pourquoi on en arrive là, mais rien n’explique vraiment son geste. On le déduit, mais c’est assez faiblard. De toute façon, rien ne peut l’expliquer.

Voici un épisode révélateur de ce que j’ai pensé toute ma lecture : celui de la plage. « Paul est gêné et cette gêne le met en colère. Il en veut à Louise d’avoir traîné jusqu’ici son indigence, ses fragilités. » Le père est odieux, cela m’a mis hors de moi, mais j’ai pu le comprendre. J’aime beaucoup les écrits sur les classes sociales, et je pense qu’on est en plein dedans. J’ai plus eu l’impression de lire une critique sociale qu’un drame, car l’écriture et le peu d’attachement porté aux personnages créent beaucoup de distance. Il est aussi question de distances d’ailleurs, celles à garder lorsqu’on est employeur et employé et qui ne sont pas toujours faciles à délimiter. Paul les brise, et n’assume pas. Myriam m’a semblé plus réservée, Louise a eu du mal à encaisser d’une autre manière. Je n’en dis pas plus, mais au final, tous ont perdu pied dans cette relation selon moi.

On entre dans l’intimité de cette famille, un peu à la manière de Louise. On ne se sent pas totalement à l’aise. On est très spectateur des événements. C’est un parti pris qui ne m’a pas touché mais qui se défend. Il se dégage une certaine force de son écriture simple, et même si je ne l’ai pas trouvé poignant, beaucoup d’émotions m’ont traversées à la lecture de ce livre : l’injustice, la pitié, le dégoût, la compassion..

Le drame final, qui ouvre le livre, a été occulté par tout ce qui l’entoure : un drame social. D’ailleurs, je m’attendais à une fin moins vague dans le sens où j’ai eu l’impression que le point de vue de Louise était trop peu présent. Elle est un peu comme abandonnée, c’est l’histoire de sa vie après tout.

En bref, j’ai beaucoup aimé ce livre. Je m’attendais à un ouvrage poignant, mais la distance cultivée dans ce livre m’a empêché d’être réellement touchée. J’ai toutefois eu beaucoup d’intérêt pour ce drame social, inspiré d’un fait réel.

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6 réflexions sur “Chanson douce, Leila Slimani

  1. Ta remarque sur l’intérêt de voir les uns à travers les yeux des autres est très juste je trouve ! On s’attend à un fait divers et effectivement, on assiste plus à un drame social. Mais cela ne m’a pas du tout gênée et j’ai beaucoup aimé ce parti pris. 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, je ne sais pas si je peux dire que ça m’a véritablement gênée mais ça m’a sûrement empêché de ressentir le coup de coeur (du fait de la distance ressentie). Après, ce fut déjà une très bonne lecture. Je pense continuer à lire cette auteure !

      Aimé par 1 personne

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