Le cri du petit chaperon rouge -Beate Teresa Hanika

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Le cri du petit chaperon rouge, Beate Teresa Hanika, éditions Alice (2011), 250 pages

Résumé : Au centre de ce récit tendu à se rompre, Malvina, treize ans.
Les vacances de Pâques commencent. La grand-mère de Malvina est morte, et quelqu’un doit s’occuper du grand-père qui vit désormais seul dans son appartement ; sa mère souffre de migraines chroniques et s’est complètement retirée de la vie de famille ; ses frères et sœurs ont déjà quitté la maison et se désintéressent du problème ; quant à son père, il se contente de donner des ordres. Malvina sera donc le « petit chaperon rouge » qui, à vélo, chaque jour, apporte un repas chaud et une bouteille de vin rouge au grand-père. Lors de sa dernière visite, il a demandé à sa « petite-fille préférée » si elle avait déjà un petit ami, et l’a embrassée sur la bouche.
Malvina est restée seule avec sa honte, incapable d’en parler. Seule ? Pas tout à fait : il y a Lizzy, son amie de toujours, madame Bitschek, la voisine polonaise, et puis un gars du quartier, surnommé Traque…

C’est le premier « livre challenge » envoyé par Once Upon a Book. OUAB est une box livresque qui propose ce livre mystère chaque mois depuis janvier (pas besoin de prendre la box il me semble). Enfin bref, j’avais un peu peur de me lancer là-dedans, mais j’ai adoré cette lecture et les filles ont mis la barre haute pour les prochaines fois.^^ De plus, il correspondait au thème de la box (il était une fois). Bref, un livre que je n’attendais pas, mais qui a su me séduire. 

Mon avis : 

Il s’agit, vous l’aurez deviné, d’une réécriture du petit Chaperon rouge. Cette réécriture est particulière puisque Malvina va rendre quotidiennement visite à son grand-père prétendument malade pour lui apporter le déjeuner. Ce conte a bercé notre enfance, mais ce n’est que plus tard que nous avons réalisé le caractère pédophile du loup. Et la morale était la suivante : ne pas parler aux inconnus. Or, dans la réalité, le loup est bien souvent dans la bergerie. Dans le conte original, le Chaperon rouge est-elle coupable de son malheur ? Que ça soit dans la version de Grimm, plus récente et heureuse, où la mère a bien prévenu sa fille de ne pas se disperser ou celle de Perrault qui se termine par la morale suivante :

On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange, 
S’il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups ne sont pas de la même sorte ; Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! qui ne sait que ces loups doucereux,
De tous les loups sont les plus dangereux.

J’ai surligné en gras ce qui me parait discutable dans cette morale. La leçon n’est pas tant de ne pas parler aux inconnus, mais la corrélation belle + parler à un inconnu = viol, et il fallait s’y attendre à moins d’être naïve. Un peu cynique non ?

Nous ne savons pas si le petit chaperon rouge se sent coupable de sa mésaventure (chez Grimm, car chez Perrault elle est mangée, quoique manger veuille dire violer et qu’à partir de là, la suite reste à imaginer). Mais elle le doit. Chez Grimm elle n’a pas écouté sa mère qui l’a bien prévenu ; et chez Perrault elle était trop naïve, belle et sociable.

Ce roman nous propose justement de rentrer dans la psychologie du petit chaperon rouge. Jeune fille, belle, et « sa grand-mère en est folle », son grand-père encore plus. A la mort de celle-ci, il se fait passer pour faible afin de passer plus de temps avec sa petite-fille si jolie, la plus belle, la préférée… vous voyez où je veux en venir ? Et ce n’est pas le plus révoltant.

Que crier ? A qui le crier ? L’auteure nous conte sans fioriture ce qui se passe dans la vie de Malvina. Son passé, le trajet chez son grand-père, les visites, et le retour chez sa famille. Là est le plus révoltant puisque ces premiers cris de détresses sont balayés : elle n’est pas crédible face à son grand-père, figure d’autorité. Elle est juste ingrate. On la voit s’enfoncer dans la culpabilité, l’angoisse.

En chemin, elle rencontrera des personnes notamment un jeune homme de son âge, qui aurait tout l’air du loup, mais va s’intéresser à elle d’une manière beaucoup plus saine que son grand-père bien propre sur lui.

Je ne vous en dis pas plus, mais j’ai trouvé ce roman addictif. Je l’ai lu en une matinée. En plus de cela, il s’agit d’une réécriture actuelle et très intéressante. Si certains ont émis des réserves quant au classement jeunesse, je dirais qu’on peut tout de même le lire à 13 ans (âge de Malvina). Ouvrir les yeux est parfois inconfortable, mais je pense que les jeunes lecteurs sont capables de le supporter. A cet âge, j’avais lu « Souad, brûlée vive » et quelques autres livres assez choquants. Mais ce n’est pas du trash pour du trash. Cela fait réfléchir sur le monde, rend empathique, et ces témoignages –fictifs ou non- de victimes ne doivent pas rester tabous : il faut en parler, il faut crier.

De plus, comme Malvina, le lecteur pourra tenir le coup grâce aux bonnes personnes, car il y en a. Si Perrault fait passer sa morale avec un euphémisme (manger = violer), elle est cynique. Beate Teresa Hanika, tout en étant plus explicite, nous apporte un espoir en la nature humaine, d’autant plus nécessaire lorsqu’on en dépeint les facettes les plus sombres.

Elle va également plus loin. Perrault nous explique comment éviter le loup, mais que faire quand on l’a rencontré ?

En bref, cette lecture addictive s’avère une réécriture de conte très intéressante. Le loup n’est pas toujours celui qu’on croit, et la victime n’est en aucun cas coupable. Plus explicite, mais vectrice d’espoir et de liberté, elle remet la morale originelle en perspective. Plus saine aussi : tu es libre, libre de vivre, libre de parler.

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12 réflexions sur “Le cri du petit chaperon rouge -Beate Teresa Hanika

  1. Je l’avais déjà vu sur quelques blogs mais il y a quelques années déjà et ce résumé m’avait interpellé, m’avait déjà touché. Du coup là c’est sûr je le mets dans ma wish list pour ne pas l’oublier !

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  2. Ta chronique est très intéressante. J’aime beaucoup ton analyse. Moi j’ai trouvé que justement l’auteur n’allait pas trop dans le trash. Elle reste très évasive sur les faits même si on comprend très bien ce qui se passe. Par contre elle insiste beaucoup sur la psychologie de Malvina, ce qu’elle ressent, comment elle essaie de vivre avec. Comment elle peut sortir de cette sordide situation alors que personne dans sa famille ne semble prêt à entendre son cri.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci ! Oui, j’ai vu que certains passages avaient rendu pas mal de personnes très mal à l’aise, et qu’ils déconseilleraient donc cette lecture à des ados. Comme tu dis, l’auteure reste assez évasive et je pense que c’est notre interprétation d’adulte qui rend ces passages « trop durs » car il a juste ce qu’il faut pour comprendre Malvina.

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  3. Ta chronique est très belle et très intéressante ! La réécriture semble réussie ! ça me donne bien envie de jeter un oeil aux contes originaux pour voir ces sous-entendus qui m’avaient échappé plus jeune !

    Aimé par 1 personne

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